J’ai fait une découverte dans un champ.
Cinquante-cinq ans après la démolition de la première éolienne de France, à Nogent-le-Roi, le moment est idéal pour faire un bond dans le passé afin de revivre cet épisode unique de la première éolienne de grande puissance (800 kilovoltampères).
Ce prototype d’éolienne a été inventé par Lucien Romani, le fondateur du Bureau d’études scientifiques et techniques, qui avait son siège dans le 14e arrondissement de Paris.
« La plus puissante construite en Europe »
Quelques chiffres :
Hauteur (extrémité de pale) : 46 mètres
Diamètre de l’hélice : 30.19 mètres
Masse totale : 150 tonnes
Masse des massifs en béton (Nord) : 150 tonnes chacun
Masse du massif en béton (Sud) : 100 tonnes
Construction de l’aérogénérateur qui allait servir pour le prototype d’éolienne de Nogent-le-Roi. »
Mais pourquoi Nogent-le-Roi ? Premièrement, dans la Beauce, le vent souffle en continu (pas toujours). Deuxièmement, sa proximité vis-à-vis de Paris permettait aux techniciens de se rendre rapidement sur place.
Enfin, il ne fallait pas que le vent soit trop important, la machine ne pouvant pas encore supporter les rafales des côtes bretonnes et normandes. Jean-Luc Cavey ajoute : « Le but de l’expérience, ce n’était pas de réaliser de grandes performances techniques, mais de vérifier que les calculs étaient bons sur un engin industriel d’une telle taille, en France. C’est la première fois que l’on mettait en place un engin de cette dimension. »
Pour ce qui est des caractéristiques techniques de cette éolienne, son pilier nord pesait environ 150 tonnes, tandis que le pilier sud pesait lui 100 tonnes. Chaque pale mesurait 30 mètres de diamètre. Jean-Louis Cavey précise sur son site : « La nacelle supérieure abritait le générateur, le frein à disque, l’embrayage et divers équipements. »
Pendant onze ans, cette éolienne a été au deuxième rang mondial en termes de puissance effective, mais surtout la plus puissante construite en Europe. Aujourd’hui, les blocs de bétons sont toujours visibles (eh oui) et des arbres ont été plantés à cet endroit pour protéger les restes de l’éolienne et éviter à l’agriculteur qui possède les terres de devoir contourner les blocs de bétons.
La fin de l’hélice
Le 12 avril 1962, l'hélice initiale fût démontée pour être remplacée par une hélice fine et plus rapide dans le but de supprimer un train d'engrenages.
L'année même du changement d'hélice, au cours d'un essai, une des pales s'est rompue par fatigue mécanique à la suite de vibrations autoentretenues. Par chance l'éolienne était orientée de telle manière que la pale désolidarisée alla faucher un champ voisin sans faire de victime.
Ce type d'accident est assez classique dans l'histoire des aérogénérateurs de grande puissance. La première hélice avait une vitesse linéaire nominale en extrémité de pale, voisine de Mach 0,3. La suivante atteignait Mach 0.45. A cette vitesse le risque majeur est que l'hélice entre en résonance. L'arrêt d'urgence de la machine est la seule solution à condition d'en avoir le temps. De même les essais d'hélices à pas variable, plus fragiles, se sont tous soldés par une perte de pale et la destruction de l'engin.
Comme j’ai toujours dit, l’éolienne une fois démontée, il reste des tonnes de béton dans le sol (400 tonnes de béton), voici un bel exemple avec mes photos prises sur le site…